Situation géographique
Située sur la rive gauche du Rhône, l'AOC Hermitage peut être revendiquée par des parcelles de la commune de Tain-l'Hermitage (Drôme) et par quelques arpents sur les communes de Crozes-Hermitage et de Larnage (Pierrelle et l'Homme).
La colline s'étire sur 2,5 kilomètres d'est en ouest et sur à peine un kilomètre dans le sens nord-sud. Elle couvre 130 hectares avec une production moyenne annuelle de 4 000 hectolitres de rouge et 1 000 hectolitres de blanc pour un rendement de base de 40 hectolitres par hectare.
Histoire
Le passé historique de l'Hermitage est riche. Les romains appréciaient déjà ces vins sous le nom de " vins de Vienne " puis ils prirent le nom de " vins du coteau de Saint-Christophe " en raison de la présence d'une Chapelle dédiée à ce saint homme. Ils s'appelèrent également " vins de Tournon ".
Mais c'est seulement au XVIIe siècle que le nom Hermitage apparut, en souvenir du chevalier Henri Gaspard de Steimberg qui de retour de croisades (XIIIe siècle) aurait vécu en ermite sur la colline de l'Hermitage donnée par Anne de Castille, reine d'Espagne et qu'il y aurait réimplanté un vignoble.
Les vins de l'Hermitage voyagèrent dans le monde entier : exportés par les Hollandais et les Anglais, ils transitaient souvent par Bordeaux. Au siècle dernier, on les utilisait même en assemblage avec les vins de Bordeaux et l'on pouvait trouver des vins étiquetés " Bordeaux Hermitagé ".
La notoriété mondiale acquise par les vins de l'Hermitage est toujours bien réelle. Avec celles de Châteauneuf-du-Pape et de Côte-Rôtie, c'est une des appellations des Côtes du Rhône les plus réputées. Elle véhicule une excellente image de marque pour l'ensemble du vignoble.
On peut trouver deux orthographes à l'appellation avec ou sans " H " mais le libellé
" Ermitage " est peu utilisé.
Le climat
Le climat est tempéré et subit les dernières influences méditerranéennes.
Le facteur le plus important est la situation microclimatique spécifique à ce côteau.
La colline de l'Hermitage forme une barrière d'est en ouest qui abrite complètement les pentes escarpées des vents du nord (mistral), l'exposition plein sud procure un ensoleillement parfait et maximal tout au long de la journée. En outre, les pourcentages des pentes optimisent les effets du rayonnement solaire.
Les sols
La superficie de l'appellation est relativement petite mais sa composition géologique est assez complexe.
La partie, qui se situe la plus à l'ouest (les Bessards, le Gros des Vignes), est installée sur le dernier éperon du Massif central. Ce sont des granites porphyroïdes (roche mère dure) recouverts de sols bruns issus de la décomposition du granite, sablo-graveleux, plus ou moins épais (de 0 à 20 centimètre en haut de coteau jusqu'à 80 centimètres, voire un mètre en bas de pente). Ce massif granitique a joué un rôle d'appui car sur lui se sont accumulées des épaisseurs importantes de cailloux roulés par le Rhône et provenant de l'érosion alpine (terrasses fluviales du Rhône : diluviums glaciaires). C'est ainsi que s'est formée la partie centrale et orientale de la colline.
Au niveau de la composition des sols, elle varie du sommet au pied de la colline :
Sur les hauts et au dessus de coteaux (Hermitage, Maison-Blanche, la Croix) nous trouvons des sols liés aux lss (sable d'érosion éolienne). Ce sont des sols brun jaunâtre, assez profonds, composés de limons sablo-argileux et mêlés de résidus granitiques.
Les coteaux (le Méal, les Beaumes, Péléat, Rocoule, les Murets, les Signaux) :
- dans la partie haute, ce sont des poudingues (cailloutis compactés par calcification) ;
- dans la partie centrale (le plus importante), ce sont des terrasses de galets calcaires (quartzite et cristallins) ;
- dans la partie basse, on trouve des sols calcaires bruns, compacts, sablo-caillouteux, perméables.
Les piedmonts (les Greffieux, les Dionnières et le bas des Bessards) sont composés de sols bruns, calcaires, argilo-limoneux et recouverts d'alluvions récentes (couche de faible épaisseur).
Par sa composition géologique spécifique, chaque quartier produit des vins particuliers, plus ou moins charpentés, plus ou moins profonds, avec des apports aromatiques différents.
C'est en grande partie cette diversité et cette richesse qui autorisent l'élaboration de grands vins. L'altitude (de 125 à 320 mètres), le relief (fortes pentes en situation idéale, dessus de coteaux plus ventés et piémonts plus frais et plus humides) et les expositions (le plus souvent plein sud, parfois sud-est et plus rarement sud-sud-ouest) ajoutent encore à cette richesse de terroirs.
Les cépages
Pour les vins rouges, la syrah est le seul cépage utilisé bien que le décret d'appellation tolère jusqu'à 15% de cépages blancs locaux (rarement employés).
Pour les vins blancs, la marsanne est très dominante. Le complément par la roussanne est en augmentation car les vignerons maîtrisent mieux son irrégularité ancestrale (méthodes de culture, traitements phytosanitaires et clones adaptés) que celle de la marsanne.
Les caractères généraux
Les vins blancs sont bien construits, peu acides et souples et " mûrissent " cependant bien dans le temps.
Leur potentiel aromatique est riche et complexe du floral ( aubépine, acacia, iris), aux fruits secs ou grillés (amande), en passant par le miellé, l'épicé (vanille), le café vert et évoluant vers des notes empyreumatiques très expressives. Ils peuvent être consommés dans les trois ou quatre ans mais gagnent souvent à la longue garde (dix ans et plus).
Les vins rouges ont une bonne constitution : leur charpente, toujours très présente et sûre, leur ampleur et leur corps mais surtout leur puissance en font des vins de grande garde (dix à vingt ans). Dans leur jeunesse, ils développent des arômes de fruits rouges ou noirs (framboise, cassis), d'épices (poivre, clou de girofle), ou de violette. Les tannins, très présents paraissent parfois encore trop fermes, l'évolution les assouplit et les arrondit sans leur faire perdre leur densité. Quant aux arômes, ils évoluent vers la cerise noire, les fruits mûrs ou à noyau, la truffe, le sous-bois, avec des notes animales en finesse (cuir ou gibier).
Cette longévité, cette race et cette richesse placent les vins de l'Hermitage parmi les meilleurs vins rouges de France.
On produit également, dans cette partie de la vallée du Rhône, des vins de paille. Ils sont issus de vendanges passerillées sur fil ou sur paille pendant au moins 60 jours et doivent titrer 14 % vol. minimum d'alcool acquis. L'onctuosité et la richesse, ainsi qu'un potentiel aromatique important et complexe les caractérisent. Cette production doit tenir compte du millésime climatique car seules les vendanges saines peuvent donner d'excellents résultats. Mais les vignerons sont peu nombreux à élaborer ces vins de paille et encore moins nombreux sont ceux qui les commercialisent.
Accompagnement
Les poissons et les crustacés, comme le homard, la langouste, l'écrevisse flambée, la daurade grillée et le cabillaud frit, aiment le boisé noble des grands Hermitages blancs suaves et onctueux.
L'Hermitage rouge est idéal pour les viandes rouges, le gibiers (pigeons, canards, lièvres
), les volailles (oie aux marrons, poulets
) ou encore les truffes ou les abricots.